Se souvenir de n'avoir jamais tant écrit qu'il y a une poignée d'années... Se souvenir de n'avoir jamais eu tant besoin de coucher sur le papier mots enmêlés et pensées déboussolées qu'il y a déjà une belle poignée d'années.

Cet après-midi, elle a pris le temps de remonter le fil jusqu'à cette fameuse année. Besoin de prendre un peu de recul.

Parce que ce matin, le téléphone a sonné. Parce qu'au bout du fil, elle a tout de suite compris, à cette petite voix toute gênée de ce qu'elle allait annoncer... qu'il allait de nouveau falloir "faire face". Nouveau combat. Encore une fois, ce ne sera pas le sien. Même si parfois, un petit doigt, un peu supersticieux, lui dit que son tour viendra.

Au bout du fil... un écho. Une sensation de "déjà-vu"...

Il y a des coups de fils que l'on redoute. Que l'on redoute... patiamment. Tout en sachant qu'ils arriveront. Et finalement, ce ne sont pas ceux que l'on attend qui nous cueillent par surprise.

Après avoir racroché, un peu sonné... Une avalanche de pensées se sont alors à nouveau bousculées: devoir faire face et accepter son impuissance. Recueillir la colère de celles et ceux qui seront, cette fois-ci, directement concernés. Comment les aider? La machine est lancée... elle s'emballe...

Puis c'est la coupure de courant. La panne. Le corps prend le dessus sur l'esprit. Comme retranché pour digérer en paix. Occuper les mains pour laisser l'esprit se vider. Encaisser. C'est étrange ce besoin soudain de "grand ménage"...

Et puis la vie reprend le dessus. Affronter, se confronter... Changer les maux en mots.

Nième piqûre de rappel... Que c'est pour cela qu'il faut continuer de s'émerveiller, chaque matin, des petites couleurs qui s'ouvrent sur le rebord de fenêtre. Que chaque soir il faille admirer ce lever de lune majestueux. Qu'à chaque retrouvaille, il faille savourer le plaisir d'être ensemble...

 

En attendant de pouvoir à nouveau savourer ce plaisir d'être ensemble, il n'y a que les pensées les plus douces et rassurantes qui puissent l'accompagner...